Michel LEGOUINI Autisme

SOMMAIRE

Introduction

Etat des lieux des connaissances et syndrome autistique
1. Définition du syndrome autistique : Troubles du Spectre de l’Autisme (TSA).
2. Les tableaux cliniques et les différentes formes d’autisme
3. Les troubles du spectre de l’Autisme
4. Approches explicatives de l’Autisme

Evolution du syndrome autistique à l’âge adulte et ses manifestations psychopathologiques
1. Le repli : isolement et solitude
2. L’image du corps et les affects dans l’Autisme
3. Mécanismes de fonctionnement psychique

Les troubles du Comportement dans l’Autisme et le Spectre Autistique
1. Agressivité et Violence
2. Automutilation, Trichotillomanie
3. Troubles de la fonction alimentaire

Stratégies d’accompagnement
1. Outils psycho-corporels d’apaisement et de bien-être
2. Méthodes de rééducation de la communication

Analyser sa pratique d’accompagnement, un mode de traitement de la souffrance au travail

Conclusion

Bibliographie

 

INTRODUCTION

La question de l’autisme, son diagnostic, son traitement et les formes d’accompagnement indiquées suscitent des interrogations, un débat et une poursuite des recherches cliniques.

Le 3ième plan national de lutte contre l’Autisme (2013/17) s’articule autour de 5 grands axes, à savoir le diagnostic précoce, l’accompagnement tout au long de la vie, le soutien des familles, la formation des professionnels des secteurs médico-social et sanitaire et le renforcement des efforts de recherche scientifique.

L’autisme est une pathologie énigmatique, sa clinique a évolué, en permettant de faire une distinction avec d’autres pathologies telles que les psychoses.

Nous allons actualiser nos savoirs en revisitant nos pratiques de soins et d’accompagnement de sujets humains affectés d’autisme, de troubles du spectre autistique et autres troubles envahissant du développement.

Dans cette optique, en nous laissant enseigner, d’une part, par les personnes que nous accompagnons en équipe pluridisciplinaire ainsi que dans nos cabinets, d’autre part, par les témoignages de sujets humains tels que Josef Schovanec, Daniel Tammet, Donna Williams, Birger Sellin…

Penser et élaborer la psychopathologie de la vie quotidienne autistique à partir essentiellement de l’observation clinique et des écrits de sujets affectés d’autisme consolide nos savoirs et réduit les risques de spéculations théoriques en vue de construire soins et accompagnement individualisés.
 

Etat des lieux des connaissances du syndrome autistique

1. Définition de l’Autisme et des troubles envahissants du Développement

Les troubles envahissants du développement (TED) englobent des catégories ou formes cliniques diverses.

Cette conception actuelle des TED, à présent appelés spectre des troubles autistiques (STA) est un continuum entre plusieurs catégories (1) sans que l’on sache à quel point sont reliées ces catégories et sans que l’on connaisse les limites exactes du STA.

L’HAS observe que cette notion de spectre est utilisée de manière interchangeable avec celle de TED dans certains cas, dans d’autres, elle désigne le syndrome d’Asperger.

L’Autisme infantile fait partie des huit catégories de STA (1), à savoir les troubles envahissants du développement, le syndrome d’Asperger et le syndrome de Rett.

Le diagnostic de ce syndrome précoce est réalisé tardivement, en moyenne vers 6 ans, voire vers 11 ans dans le cas du syndrome d’Asperger.

Le diagnostic de l’Autisme et du spectre des troubles autistiques est un diagnostic clinique, autrement dit basé sur l’observation, car il n’existe pas de marqueur biologique (2).

L’autisme peut-être défini comme un trouble ou panne du développement de l’enfant.

Ce diagnostic clinique permet d’observer les rapports du sujet humain au langage, à son corps et son lien social.

Il convient de rappeler que Léo Kanner, inventeur de l’autisme avait ouvert la voie vers l’autisme de l’adulte.

Ses travaux ont été relayés par Asperger qui a isolé l’autisme de haut niveau intellectuel.

Le syndrome autistique est un repliement sur son monde intérieur d’un sujet qui refuse le contact verbal et/ou corporel.

 
2. Tableau clinique de l’autisme

C’est un être de langage qui a refusé un lien aliénant au langage pour donner sens aux choses.

Compte tenu des diverses formes d’autisme et de la complexité du spectre des troubles autistiques, il importe, pour la clarté de notre exposé, de privilégier un certain nombre de symptômes pour comprendre la subjectivité du sujet affecté d’autisme.

Le sujet peut se réfugier dans le mutisme ou présenter des troubles du langage tels que l’écholalie, la jargonaphasie ou le verbiage.

Donna Williams, affectée du syndrome d’Asperger nous apprend que parler ne lui permet pas d’exprimer ses affects et ressentir son corps.

L’acte de parler ne lui permet pas de nouer son et sens à ses émotions ou représentations de choses de la réalité extérieure.

Elle explique que pour elle, « un mur infranchissable se dresse dès que le lien entre le langage et ce qu’il désigne se révèle trop direct ».

Daniel Tamet, savant mathématicien et poète nous révèle que les mots ne lui permettant pas de comprendre et réagir aux émotions des autres, il a recours aux nombres pour y arriver et aux couleurs pour leur donner une signification personnelle.

Ecrire est plus facile que parler nous explique Josef Schovanec, philosophe et politilogue affecté d’autisme Asperger (3).

Le sujet autiste est attaché à la sonorité des mots et au son de sa voix et ne se sent pas concerné par le sens de la parole.

L’écholalie, le verbiage et les vocalises de certains autistes mutiques sont un refus de donner de la voix, support consommé de la parole.

La voix, élément sensoriel, porte la parole et échappe au sujet pour atteindre son auditeur.

L’absence de cette fonction de la parole explique le mutisme dans les formes sévères de l’autisme.

C’est un repli ou retrait radical du langage qui laisse le sujet débordé par le ressenti sensoriel que livrent ses stéréotypies sonores.

Le sujet autiste a un autre mode d’emploi du langage, faisant usage de son hors sens, autrement dit il est captivé par la sonorité écholalique et stéréotypée.

Marie, jeune autiste affectée du syndrome de Rett, mutique, le regard vide de vie, s’anime lorsqu’elle lance un son faisant penser à un babil, signifiant hors sens répété en boucle.

Ce sujet du langage ne se sépare pas de sa voix et des sons écholaliques qui restent accolés à son corps parlant.

A titre d’exemple, Joffrey, jeune autiste entre dans une crise clastique lors de la projection d’une vidéo où il voit l’image où la voix se détacher de la bouche de son frère qui chante (4).

Sandor déstabilisait les équipes en mettant au maximum le volume de la radio pour écouter des chansons l’oreille collée à l’appareil.

Cette personne accueillie en Foyer d’Accueil Médicalisé est dans une fusion avec l’objet voix qui lui procure une jouissance ou un plaisir nuisible à l’organe auditif.

Cet accès difficile, voire impossible aux mots est confirmé par une facilité à s’exprimer avec des signes ou des images.

T. Grandin pense et parle avec des images, certains sujets autistes avec signes ou formes géométriques telle que la visualisation graphiques des mots par D. Tammet.

Images singulières et signes graphiques ne sont pas des objets d’échanges courants comme la parole donnée faisant lien social.

Le deuxième trait pathologique dans l’autisme concerne le corps affecté et troublé par une série de symptômes tels que les balancements, les stéréotypies gestuelles, l’automutilation, la trichotillomanie, les troubles des fonctions alimentaires, de l’élimination, les événements de corps, etc.

Cette symptomatologie somatique sévère renvoie au ratage de la mise en place de l’image du corps chez l’enfant affecté d’autisme.

Ce ratage de la constitution d’un moi, image du corps est signalé par le regard fuyant, le transitivisme, le refus de contacts physiques, le morcellement du corps, l’affectivité débordante ou hypersensibilité.

Le sujet sans enveloppe, ni pare excitation subit l’intrusion de l’extérieur, se bouche les oreilles, fuit les regards ressentis comme menaçants et se tord le corps.

Pour se protéger, le sujet noue une relation d’attachement à des objets divers appelés autistiques par F. Tustin en 1970 (lampes, lumières, capsules, sable, roues, lacets…) (5).

Ces objets autistiques sont un prolongement du corps non séparé et délimité par une image du corps protectrice et frontière barrant l’intérieur de l’extérieur.

Ainsi Sellin affirme trouver une sécurité seulement dans des objets ; D. Williams confirme que communiquer avec des objets est pour elle sans danger (6).

Le moi image du corps défaillant ne remplit pas sa fonction d’identification et de narcissisme.

Le sujet autiste se projette sur l’extérieur, il choisit des objets autistiques auxquels il s’identifie et s’y attache comme pour offrir une enveloppe à son corps.

Il s’identifie de façon adhésive et colle à ses objets autistiques, à l’image de la trappe de Grandin qui servait à serrer les animaux.

Cette trappe-contention lui sert d’enveloppe et de pare excitation, elle la protège contre l’intrusion provenant de l’extérieur et constitue une prothèse pour contenir ses tensions ou pulsions destructrices.

Ces objets autistiques sont une invention du sujet, contrairement à l’objet transitionnel offert par l’Autre.

Ces objets apaisent et constituent un thermostat pulsionnnel et affectif comme le dit de façon éloquente D. Williams (7).

 
3. Les Troubles envahissants du développement

Dans cette catégorie d’autisme ou du spectre de l’autisme, nous avons rencontré dans notre pratique de soins et d’accompagnement des sujets ayant deux tableaux cliniques.

Un tableau génétique associé à un tableau de traits autistiques établi sur la base d’un diagnostic clinique :

André présente un syndrome de Cornélia lange, anomalie du chromosome 10 expliquant des déformations physiques et des troubles moteurs.

Son trouble du développement autistique s’exprime par une symptomatologie comportant un mutisme, des stéréotypies, une déambulation et une auto-mutilation sévère.

Ces symptômes sont associés à une constipation chronique et à un trouble de la déglutition, troubles somatiques majeurs qui indiquent la souffrance d’un corps en ébullition constante, sans limite.

Le syndrome de Rett est également une pathologie orpheline associant une maladie génétique et un tableau de traits autistiques sévères.

Le tableau d’autisme comporte des symptômes sévères tels que le repli autistique, le mutisme, l’anxio-dépression, l’automutilation, des stéréotypies.

Des complications somatiques graves (troubles de la déglutition, constipation, escarres…) montrent un rapport au corps dénué d’une image narcissisante et protectrice qui éclaire en partie l’immuno-dépressivité du sujet.

Agnès, affectée du syndrome de Rett et de traits autistiques, a le regard livide, hagard, qui fuit celui des accompagnants.

Ce sujet humain s’est approprié le regard observé : terne, morne, vide de sens.

Agnès ne porte pas son regard vers les accompagnants, ni vers les résidants de la Maison d’accueil spécialisée, ni vers ses parents qui lui rendent visite ou l’emmènent en week-end thérapeutique.

Elle a des moments de crise de pleurs intenses, de cris de douleur qui perdurent malgré le contact physique enveloppant et le regard bienveillant des accompagnants.

Les traits autistiques associés à l’anomalie du chromosome V ou maladie du cri du chat forment une catégorie d’autisme essentiellement marquée par un contact fusionnel, un symptôme de violence majeur, de l’épilepsie et de l’auto-mutilation et parfois de la trichotillomanie.

Les soins et l’accompagnement exigent la mise en place de stratégies et de techniques de stabilisation très adaptées.

Cette pathologie orpheline met à rude épreuve les professionnels des secteurs sanitaire et médico-social pour sédater, sécuriser et apporter un bien-être à des sujets extrêmement angoissés et insécures.

 
4. Hypothèses explicatives de l’Autisme (différentes approches)

L’autisme et les troubles du spectre de l’autisme sont liés, selon la Haute Autorité de Santé, à plusieurs domaines de développement (8).

Leur diagnostic, ajoute la HAS, doit reposer sur une approche globale pour saisir l’hétérochronie importante, les capacités d’autonomie et les conséquences en matière d’adaptation à la vie quotidienne.

L’approche neuro-cognitive a trois axes d’identification et d’évaluation des troubles du spectre autistique.

L’altération qualitative de l’interaction sociale, affective et émotionnelle pour diagnostiquer l’inaptitude à établir des relations sociales normales.

Dans ce registre neuro-cognitiviste, on observe l’altération de l’utilisation des comportements non verbaux tels que le contact oculaire, la mimique faciale, les gestes stéréotypés, les postures corporelles bizarres.

La pensée est décrite comme concrète, opératoire et robotisée.

Elle ignore l’analogie, l’usage de la métaphore et n’appréhende pas l’objet dans sa globalité mais le décompose en détails comme un vrai puzzle.

Un deuxième axe de diagnostic et d’évaluation clinique porte sur l’altération de la communication.

Le clinicien va repérer l’absence de langage articulé sans tentative de compensation par d’autres modes de communication, les difficultés persistantes d’acquisition et d’utilisation du langage écrit ou oral dues à une absence ou un manque de compréhension.

Cette altération qualitative de la communication montre des anomalies syntaxiques, avec notamment la non utilisation du pronom personnel « je » ; les mots ont souvent un sens littéral, inflexible, parfois stéréotypés.

Les comportements restreints, stéréotypés sont le troisième axe d’approche des TSA.

Les stéréotypies sont des mouvements répétitifs visant à parachever l’isolement ou traduire une incapacité à contenir ses émotions négatives ou positives.

Le comportement est gouverné par un désir obsessionnel et anxieux d’immuabilité, des rituels, des maniérismes moteurs et une intolérance à la frustration.
 

Evolution du syndrome autistique à l’âge adulte et ses manifestations psychopathologiques

1. Repli et extrême solitude

Le repli autistique est un trait pathognomonique motivé par le fait d’être prisonnier d’un univers intime clos ou prison intérieure (9), au prix d’une solitude.

Ce repli pousse le sujet à rechercher une immuabilité de son environnement, il provoque une intolérance au moindre changement dans l’espace-temps.

Cette immuabilité ordonne des pans de la vie quotidienne du sujet : rythmes et espaces de vie, objets vestimentaires, lieux et activités de loisirs.

L’orientation et le placement d’adultes affectés d’autisme est très aléatoire ; les crises d’adaptation au nouveau lieu de vie nécessitent un accompagnement spécifique.

Le sujet n’investit que des sphères de sa vie quotidienne, il se branche sur des objets de jouissance quotidienne immuables.

Ce branchement sur les accompagnants et les objets de l’environnement décrit par M. Malher procure la sécurité d’une mêmeté ou d’un sempiternel retour d’un huis clos .

La solitude suscite une grande souffrance, car le sujet prisonnier d’une mêmeté s’exclue pour reprendre les écrits de B. Sellin, « sans parole, devenant insupportable, sa solitude est comme une pierre, un roc géant qu’il déploie » (10)

Ce trait de fonctionnement éclaire certains agissements tels que le refus de dormir avec une literie de rechange propre, de nouveaux vêtements, d’un nouvel itinéraire ou de descendre d’un autobus arrivé au terme de son trajet.

Ce phénomène d’immuabilité explique l’absence d’un manque : le sujet exclut un point de manque.

Lorsque le manque d’immuabilité surgit notamment dans un temps clef de la journée, le sujet est submergé par une angoisse qui lui signale l’absence d’un détail impossible, un manque qui vient à manquer (11).

En effet, le sujet n’est pas saisi dans une opération psychique de glissement d’un objet à un autre, dans le but de satisfaire ses besoins et désirs.

La division subjective produite par le manque autorise ce processus de substitution d’objets de confort et de désir, en introduisant frustration, privation et tolérance au changement dans son environnement de vie.

Le sujet autiste n’est pas clivé par une opération d’alternance /d’absence et de présence des objets.

Ce noyau de fonctionnement psychique est admirablement expliqué par T. Grandin qui évoque « la capacité de conserver une image fixe contribue au comportement rigide et inflexible des autistes » (12).

 
2. Image inconsciente du corps et Affects dans l’autisme

L’échec de la constitution d’un moi comme surface projective du corps à partir du stade du miroir, entre 6 et 18 mois, a pour corrélat des troubles de l’identité.

Le sujet extrêmement solitaire n’a pas réussi à se projeter dans l’Autre parental pour construire son image et ses mécanismes d’identification projective.

Cette faille dans le fonctionnement du sujet autiste est compensée par le transitivisme et la projection d’un double, copie intégrale du sujet autiste.

D. Williams crée dès l’âge de 2 ans un double, Willie, « qui l’incarne extérieurement, créature au regard flamboyant de haine , arborant une posture à la rigidité cadavérique » (13).

Grâce à ce double, D. Williams commence à se frapper, se blesser pour ressentir son corps qui n’existe pas lorsqu’on la touche.

Elle vit plus dans ses objets que dans corps, nous enseigne-t-elle, elle multiplie les doubles jusqu’à faire de son frère son propre miroir qui ressent ses propres émotions et les exprime à sa place.

Ce phénomène du double explique le geste du sujet autiste qui prend la main de l’accompagnant pour ouvrir une porte ou prendre un objet à portée de main.

Le sujet autiste ne disposant pas d’une image qui enveloppe et porte son corps vers l’action, sollicite le corps de l’accompagnant mis à la place d’un double.

L’accompagnant mis à contribution devient des parties du corps suppléantes : soit l’oeil, la main, les jambes, l’oreille… afin de remplir des fonctions corporelles en panne.

S’agissant des affects, le sujet autiste a un fonctionnement spécifique de son affectivité marqué par un trop plein d’affects ou hypersensibilité.

Il convient de rappeler que l’affect est à la fois un état émotionnel se manifestant par une décharge physique ou psychique.

L’affect provient du corps pulsionnel, c’est une énergie dérivée de la pulsion et une représentation ou fait psychique.

L’affect subit un empêchement, dérivé ou non par les mots qui le véhiculent, autrement dit les paroles qui donnent sens à l’affect pour atténuer sa portée sensorielle : joie, tristesse, douleur, angoisse cessent d’être débordantes et contenues.

Affect et langage ont une source commune, la pulsion issue du corps. Décharger ses affects implique de se libérer de quantité d’énergie et de mots ou qualité psychique.

Le sujet autiste mutique n’a pas le moyen d’abréagir ses affects positifs et négatifs, son corps est extrêmement sollicité et s’exprime avec des stéréotypies, des écholalies, de l’automutilation et de l’agressivité.

Il est dans l’impossibilité de représenter et contenir ses émotions avec des mots pour évacuer les tensions qui émergent de son corps

Le sujet autiste mutique emprunte surtout la voie de ses organes, vision, audition, membres pour dire ses affects, en utilisant son corps parlant, car il ne peut pas convertir ses affects en paroles.

Les mots ne donnent pas sens au quotidien qui devient menaçant et incompréhensible.

Ce refus du sujet d’entrer dans le discours courant peut rendre la rencontre avec l’autisme absurde, étrange et violente pour l’accompagnant.

Dans cette logique subjective, le sujet autiste va opter, en guise de suppléance, pour la sonorité ou les couleurs, comme D. Tammet, pour arriver à exprimer ses sentiments et sensations.(14)

Il n’a pas à sa portée un moi-image du corps animé par le discours qui lui sert de filtre ou de miroir personnel pour déplacer, oublier ou convertir ses émotions en savoir faire avec.

D. Williams nous enseigne que les émotions positives telles que douceur, gentillesse et affection la terrifient (15).

Le langage n’a pas une valeur pacifiante mais semble avoir un impact intrusif et traumatique. Ce fait est illustré par les frayeurs de D. Williams qui ressent les mêmes émotions que son frère.

 
3. Mécanismes de fonctionnement psychique : l’autisme entre inventivité et déficit intellectuel

Le modèle théorique cognitivo-comportemental met en avant une théorie de l’esprit qui décrit les altérations neuro-cognitives.

Ces altérations ou troubles de l’autisme sont notamment regroupés dans la triade autistique, à savoir les troubles de la communication, les interactions sociales et les comportements stéréotypés répétitifs.

Dans le registre de l’interaction sociale, c’est un défaut des processus cognitifs de traitement des informations sociales.

Le sujet éprouve des difficultés à comprendre ses émotions, pensées, opinions personnelles et celles provenant de l’extérieur.

Il ne cherche pas à partager ses plaisirs, intérêts, réussites et manque de réciprocité sociale et émotionnelle.

S’agissant des troubles de la communication, un déficit des fonctions exécutives trouble le fonctionnement mental, à savoir le langage, la perception, la mémoire, la planification et la généralisation.

Une anomalie cognitive importante est constituée par la faible cohérence centrale qui empêche l’organisation des informations dans un ensemble cohérent.

Les informations sont traitées morceau par morceau plutôt que dans leur globalité et dans leur contexte.

Est présente également une incapacité d’associer les informations simultanées.

Concernant les comportements restreints et répétitifs, la présence prévalente de stéréotypies visent à parachever l’isolement et traduisent une incapacité à contenir ses émotions positives ou négatives.

On observe une intolérance au changement, l’adhésion à des rituels spécifiques non fonctionnels et les maniérismes moteurs.
Le paradigme cognitivo-comportemental préconise une rééducation adaptative visant une amélioration de la communication et une diminution des comportements stéréotypés.

L’approche théorique psychanalytique met l’accent sur l’échec de l’accès au discours commun et notamment l’absence de l’opération de métaphorisation des choses.

L’échec de cette opération mentale fait s’installer l’immuabilité et une hémorragie de sens.

Le sujet n’a pas accès à la symbolisation d’une personne proche par un objet transitionnel ou autre qu’il lui a offert et qui lui rappelle de façon apaisée son absence.
Il opte pour un objet autistique perçu et ressenti comme faisant partie de son corps propre.

Le sujet autiste n’utilise pas ce pouvoir du langage pour substituer un mot à un autre, pour passer d’un objet à un autre, d’une signification à une autre et donner sens à son rapport à l’environnement.

Le mot est isolé, il ne renvoie pas à un autre mot, le sens de la chose devient un impossible à dire et lorsque l’accompagnant évoque un acte de la vie courante, le sujet dispose d’un mot sans signification courante ou hors sens.

Le sujet n’a pas non plus accès au glissement de sens qui lui permet de désigner un objet par une de ses parties telle que voile pour bateau.
Il est captif de détails qui deviennent un centre d’intérêt particulier tels qu’un lacet, un bouton de chemise, un puzzle, une chanson, une émission de télé, un objet de collection, détails d’une activité solitaire et prégnante.

Les mécanismes d’identification dans l’autisme sont caractérisés par une absence ou un défaut de l’image du corps construite dans le rapport à l’Autre et portée par un discours pourvoyeur de narcissisme.

Ce défaut de constitution d’un moi surface de projection vers l’extérieur rend aléatoire et prive le sujet de la constitution d’un narcissisme primaire.

Ce défaut d’identification originaire prive le sujet d’une altérité en le poussant au repli et à la constitution d’une carapace ou capsule rigide pour compenser l’absence d’enveloppes ou de pare-excitation .

Ce processus d’identification primaire défectueux prive le sujet autiste d’une identité particulière en suscitant chez lui une profonde terreur ou angoisse traumatique qui l’accule à la solitude du déserteur d’un monde où il n’est pas ce qu’il voudrait être.

Ce mode de structuration subjective éclaire le transitivisme et le collage de certains sujets pour mettre une limite à un trop plein d’excitations et d’affects, surplus pulsionnel et affectif inséparable.

 
Troubles du comportement dans l’autisme et spectre de l’autisme

1. Agressivité et violence

Dans le secteur médico-social, l’agressivité et la violence sont deux troubles ou symptômes fréquemment observés chez les sujets affectés d’autisme.

Cette question épineuse des troubles du comportement agressif et violent interroge, fait douter et épuise les professionnels de l’aide dans l’accomplissement de leur mission.

Faire face aux troubles du comportement d’un sujet aux prises avec l’autisme exige l’élaboration de stratégies et de techniques d’accompagnement fondées sur un savoir puisé sur le terrain médico-social.

La violence fondamentale déborde le sujet humain enfermé dans la prison de l’autisme dès la naissance ou les premiers mois de sa vie.

L’angoisse constitue le principal détonateur d’agressivité et de violence chez la personne autiste ayant subi le traumatisme d’un langage non assimilé et d’un corps morcelé.

En effet, l’autisme est un refus d’utiliser à bon escient le langage comme lien social pour être dans un rapport plus ou moins apaisant avec son corps.

Le sujet autiste n’habite pas son corps, espace agité par des excès de tension signalé par un symptôme d’anxiété majeur majorant sa souffrance.

Cette angoisse permanente peut se décharger sous forme de passage à l’acte pulsionnel lorsqu’elle est rendue intense par un changement de cadre ou des moments de vide intérieur.

Le moindre changement dans le cadre de vie provoque une angoisse étouffante comme l’explique J. Schovannec : « si on vous dit que le court s’arrête à 10 heures, le fait que le professeur parle encore 2 minutes crée une angoisse prodigieuse » (16).

Ce sont des accès d’angoisse de vide agitant le sujet qui court ou déambule tout en détériorant des objets et en agressant des personnes présentes.

L’angoisse du retrait ou refuge chez le sujet autiste est mis en évidence par J. Schovanec qui argumente en disant que les « cachettes ou lieu de refuge apportent un moment de calme sensoriel ; je suis frappé que l’on considère le fait d’enfermer un enfant dans un placard comme une punition – pour moi, c’est un moment de
bonheur » (17).

La violence du sujet autiste, surprenante et spectaculaire, ne se prête pas au sens, c’est un non-sens qui montre un sujet réduit à un objet pulsionnel tel que cette jeune résidante mordant ou griffant dès que l’accompagnant n’est pas à proximité pour faire office d’objet frontière entre elle et les autres résidants, ce qui la conforte dans son isolement autistique.

Ce vide de sens montre un sujet hors discours ne pouvant pas décoder un changement dans son environnement, la nouveauté étant vécue comme une intrusion porteuse d’angoisse persécutive.

Cette angoisse persécutive, détonateur de troubles divers, est source de troubles du sommeil et de terreurs nocturnes, voire de somnambulisme illustré par D. Williams pour qui il s’agissait de « se cacher de quelque chose que son esprit endormi avait vu » (18).

Le sujet qui entre en contact avec des poussées de violence dans sa relation avec l’accompagnant ainsi qu’avec les objets nous apprend qu’il se décharge d’un trop plein de pulsions.

Cette décharge violente d’un excès pulsionnel peut être déplacée vers un objet comme ce pushing-ball, exécutoire utilisé comme un « moyen d’arrêter de disjoncter » par B. Sellin (19).

 
2. Automutilation et trichotillomanie

Cette pulsion destructrice est retournée contre soi dans l’automutilation, symptôme très fréquent dans l’autisme notamment sévère.

Le sujet dans le repli radical ne peut libérer son trop plein de force ou énergie pulsionnelle de son corps encombré.

En effet, le sujet, qui est dans une rétention de ses fonctions organiques ou objets pulsionnels, ne se défait pas de son regard, de sa voix et parfois de ses excréments, ce qui lui permet de soulager son corps en entretenant un manque régulateur ou thermostat pulsionnel.

On observe que le sujet se bouche les oreilles pour se protéger de la voix prégnante, fuit le regard trop présent, ou refuse de céder ses excréments pour acquérir la propreté du manque. Il s’agit de ne pas ressentir sa peau dépourvue d’enveloppes psychiques pour pouvoir soutenir le contact avec l’extérieur.

Cette carence structurelle engendre une auto-destruction et un déchaînement de haine de soi dans les moments d’auto-mutilation.

D. Williams nous livre la clef de cette énigme en nous expliquant qu’elle entre dans un état de choc qui entraîne un suicide sensoriel où elle ne ressent rien, ni émotions ni sentiments et obéit comme un robot, lorsqu’elle est capable d’une réaction quelconque.

Ce choc ou traumatisme, moment de chaos mérite l’attention de l’accompagnant pour comprendre la trichotillomanie, compulsion à s’arracher les cheveux, morceau de corps soustrait pour se défendre contre une sensation de vide intérieur.

David avait l’habitude de s’arracher les cheveux et de se laisser tomber pour donner à voir son corps qui se dissociait et volait en éclats.

Cette trichotillomanie, acte pulsionnel destructeur, est une tentative de ressentir une limite de la partie de son corps décomposée “dans la douleur, en tant que pseudo-pulsion “, pour reprendre des termes de Freud (20).

Cette douleur recherchée comme apaisement est utilisée pour faire cesser le déplaisir ressenti dans cette partie du corps devenue inanimée et détachée des autres parties du corps.

Ce point de vue économique éclaire le choc en miroir ressenti par l’accompagnant qui observe cet acte compulsif déshumanisant.

 
3. Troubles de la fonction alimentaire

Les troubles de la fonction alimentaire sont fréquents et majeurs chez les sujets affectés d’autisme.

L’anorexie se manifeste par une restriction très importante de l’alimentation pouvant aller jusqu’au refus de manger.

Le sujet refuse l’objet oral et mange le rien pour accentuer son repliement autistique se coupant de l’Autre nourricier.

Cette anorexie d’inertie montre un sujet désinvestissant sa bouche zone érogène où s’imbriquent fonction alimentaire et fonction de la parole.

Le mérycisme est aussi observé chez certains sujets autistes, acte de régurgitation avec rejet partiel de la nourriture, suivi d’un mâchonnement incessant ou partiel des aliments.

Durant cette rumination, le sujet est immobile, atone, le regard vide, ailleurs, signes d’une activité pulsionnelle en boucle faisant penser à une stéréotypie…

L’hyperphagie est un excès de besoin de manger, le sujet ingérant une quantité de nourriture disproportionnée pour tenter d’apaiser son corps agité par un vide angoissant.

Les états d’anxiété et de crise d’angoisse peuvent provoquer comme solution la potomanie poussant un sujet autiste à boire des quantités excessives d’eau ou autre liquide.

Les complications somatiques sont de graves déséquilibres électrolytiques dans le sang, par trop grande dilution, en particulier une hyponatrémie (insuffisance sévère de sodium) pouvant provoquer un coma.

La boulimie et le pica, ingestion de compulsive de substances nutritives ou non, visent à remplir un puits sans fond, vide de l’oralité non bordée par une coupure, à l’instar des autres orifices ouvrant le corps vers l’extérieur (oreille, oeil, anus).

Ces troubles graves de la fonction alimentaire provoquant des complications somatiques sévères exigent une surveillance constante et stricte.

 
IV. Stratégies et techniques d’Accompagnement

1. Outils d’accompagnement psycho-corporels

Les actions d’accompagnement inscrites dans le projet de vie individualisé d’un sujet dépendant ou semi-dépendant affecté d’autisme ont pour vocation un apport de bien-être corporel et psychologique.

Ces actions ont donc pour objectif clé une pacification d’un sujet humain réconcilié avec son corps souffrant d’auto-mutilations, de troubles de la fonction alimentaire, de dépression, d’angoisse et de phobies.

Les outils psycho-corporels tels que l’hydrothérapie, la balnéothérapie, le snoezelen, la musicothérapie, l’équithérapie sont indiqués dans la stabilisation des troubles évoqués.
Ces techniques offrent un contenant au sujet : eau, espace snozelen, cheval, son musical…

A titre d’exemple, l’outil snozelen met l’accompagnant dans une fonction de holding qui vise à soutenir un sujet dont le corps éprouve des sensations auditives, olfactives, scopiques et tactiles au sein d’un espace conçu comme un corps artificiel sécurisant.

L’accompagnant se positionne comme un moi-peau auxiliaire faisant office de double, prêtant son regard, sa voix , ses mains , sa conscience pour soutenir et aider un sujet à sentir les différentes parties de son corps relâché grâce à une ambiance de détente psycho-corporelle.

Cet outil d’accompagnement psycho-corporel a pour avantage de permettre de susciter chez le sujet accompagné une alliance d’accompagnement privilégiée avec l’équipe d’accompagnants.

 
2. Utilisation de l’outil dialogue et méthodes de communication

Aider le sujet autiste à sortir de son repli consiste à l’accompagner dans l’usage de la parole comme lien social.

Comme le rappelle J. Schovanec, le sujet autiste a plus de facilité avec l’écrit qu’avec l’oral pour s’adresser à l’Autre et être dans le discours social.

L’accompagnant peut favoriser la communication facilitée, en soutenant la main ou le poignet d’un sujet pour lui permettre d’écrire et d’utiliser des supports ou aides techniques comme les pictogrammes ou les synthèses vocales, ensemble d’outils offrant à des sujets autistes une stratégie de communication.

Birger Sellin a pu écrire des ouvrages remarquables grâce au soutien de plusieurs facilitants.

Il explique sa difficulté à parler, à dire les choses : « il y a un blocage, pour cette raison, il n’est possible d’agir et d’écrire seul » (21).

Un dit sans dire qui passe par un double qui soutient et supplée à une parole agissante.

Dans la communication facilitée, le branchement sur un facilitant et sur la machine est un outil intéressant d’élaboration écrite de sensations et de sentiments du sujet autiste ; cet outil permet un démantellement de son mur de silence.

La méthode PECS (picture exchange communication système) est une technique de communication par échange d’images qui incite à communiquer en demandant des objets, en posant des questions, en y répondant et en faisant des commentaires, avec le soutien d’un accompagnant.

V. Analyse de sa pratique d’accompagnement : un mode de traitement de ses difficultés professionnelles et de sa souffrance au travail

Les difficultés d’accompagnement face aux troubles de la personne affectée d’autisme révèlent souvent un positionnement inadéquat.

L’analyse de sa pratique permet un décryptage et un meilleur accueil des symptômes de la personne accompagnée.

La lecture des troubles de l’autisme et l’élaboration de formes d’accompagnement adaptées à la singularité du sujet peuvent être menées en utilisant la grille d’analyse articulée autour des axes suivants :

La problématique du sujet, à savoir sa forme d’autisme et les symptômes constitutifs de son tableau clinique

Le contexte : histoire familiale, transgénérationnelle, institutionnelle, marqueurs de troubles du comportement.

Le sens ou l’insensé : donner une signification aux troubles, identifier les messages contenant du sens ou de l’insensé, de l’absurde ou de l’impensable à vivre.
Cet axe d’analyse permet de développer chez l’accompagnant une tolérance aux symptômes autistiques, une prise en compte des objets autistiques et du phénomène de double.

Les stratégies : construire des stratégies d’accompagnement ayant pour objectifs le holding, la contenance et l’aide à s’insérer dans le discours social

L’évolution : évaluer l’état clinique du sujet et faire le point sur les actions d’accompagnement.

 
CONCLUSION

L’autisme est une catégorie clinique complexe qui recouvre un spectre très vaste de phénomènes et de traits autistiques.

Distinguer l’autisme comme une catégorie clinique ou structure subjective distincte revêt un intérêt clinique pour mieux le saisir et optimiser les soins et l’accompagnement du sujet affecté d’autisme.

Les soins et l’accompagnement psychologique adaptés exigent une clinique de la singularité du sujet humain souffrant d’autisme.

Le sujet affecté d’autisme a un fonctionnement spécifique qui exige sécurité et bien-être, du fait de son souci constant d’une immuabilité et d’une maîtrise de son environnement.

Les projets d’accompagnement individualisés sont à s’inscrire dans des stratégies de stabilisation, d’aide à la sortie du repli autistique avec l’utilisation du dialogue, de supports de communication et d’objets dits « autistiques protecteurs ».

 
NOTES

1 Plan Autisme 2013/17. Page 22
2 Haute Autorité de Santé. Recommandations. Juin 2005. Page 29
3 Schovanec Josef : « Je suis à l’est ». Ed.Plon. Page 28
4 Druel Gwénola : « L’autiste créateur ». Ed. Pru. Page 206
5 Tustin Francis : « Autisme et Protection ».Ed. Page 137
6 Williams Donna : « si on me touche, je n’existe plus ». Ed. Robert Laffont. Page 302
7 Williams Dona : Ibid. Page 293
8 HAS. Ibid. Page 47
9 Sillen Birger : “La solitude du déseteur ” . Ed Robert Laffont . Page 16
10 Ibid. Page 29
11 Lacan Jacques : Séminaire X, L’angoisse ». Page 156
12 Grandin Temple : « Penser en images » Ed. Page 182
13 Williams Donna : Ibid. Page 29
14 Tammet Daniel « Je suis né un jour bleu ». Ed.Robert Laffont. Page 17
15 Williams Donna ; Ibid. Page 310
16 Schovanec Joseph : Ibid. Page 46
17 Ibid. Page 47
18 Williams Dona : Ibid. Page 80
19 Sellin B. Ibid. Page 35
20 Freud Sigmund : Ibid. Page 46
21 Sellin : Ib. Page 61
 
BIBLIOGRAPHIE

Bernard-Desoria Odile « Autisme et psychoses d’enfants ». ED. Soleil Carré
Butten Howard « Il y a quelqu’un là-dedans » Ed. Odile Jacob
Druel Gwénola « l’autiste créateur;Inventions singulières et lien social ». Ed. Pur
Freud Sigmund « Métapsychologie ». Ed. Gallimard
Grandin Temple « Ma vie d’autiste ». Ed. Odile Jacob
« Penser en images et autres témoignages » Ed. Odile Jacob
Kanner « l ‘autisme infantile »
Lefort Rosine et Robert « la distinction de l’autisme ». Ed. Seuil
Schovanec Josef « Je suis à l’est ». Ed. Plon
Sellin Birger « la solitude du déserteur ». Ed. R. Laffont
« Une âme prisonnière ». Ed. R. Laffont
Tammet Daniel « Je suis né un jour bleu » Ed. Les Arènes
« L’éternité dans une heure » Ed. Les Arènes
Tustin F. « les états autistiques chez l ‘enfant »
Williams Donna « Si on me touche, je n’existe plus ».Ed. R. Laffont